La Jordanie est un pays où les traces du passé se rencontrent à chaque étape. Entre les reliefs du désert et les plateaux volcaniques, s’étendent des sites qui racontent l’arrivée successive des Nabatéens, des Romains, des Byzantins, des Omeyyades ou encore des croisés. Pétra, avec ses façades sculptées dans la roche, les mosaïques de Madaba et les théâtres romains d’Amman ou de Jerash forment quelques-uns des lieux les plus marquants. Un voyage culturel en Jordanie donne l’occasion de parcourir ces paysages historiques et de mieux saisir l’héritage laissé par ces différentes époques. Accompagnés par des guides spécialisés, les visiteurs plongent dans une histoire continue qui s’étend sur plusieurs millénaires.

Pétra : immersion dans la cité nabatéenne classée à l’UNESCO

Un séjour d’une semaine en Jordanie permet de découvrir Pétra dans de bonnes conditions, tant le site est vaste et riche. Inscrite à l’UNESCO depuis 1985, l’ancienne capitale nabatéenne, occupée dès le Ier siècle avant J.-C., est connue pour ses façades sculptées dans le grès rose et son ancienne maîtrise de la gestion de l’eau. Les Nabatéens, peuple caravanier, avaient développé un réseau complet de citernes et de canalisations pour tirer parti d’un environnement aride et protéger leur cité située sur les routes commerciales reliant l’Arabie, l’Égypte et la Méditerranée.

Le Siq et l’arrivée sur Al-Khazneh

Le Siq forme l’entrée la plus célèbre de Pétra : un long couloir naturel d’environ 1,2 km, bordé de parois pouvant atteindre 80 mètres. On y observe encore les rigoles taillées par les Nabatéens pour canaliser l’eau jusqu’à la ville basse. À la sortie du défilé apparaît Al-Khazneh, l’emblématique « Trésor ». Sa façade de près de 40 mètres, inspirée de l’architecture hellénistique, était probablement celle d’un tombeau monumental. Son nom évoquant un trésor est une légende née bien plus tard.

Le Monastère (Ad-Deir)

Ad-Deir, appelé le Monastère, est l’autre grand monument du site. Ses dimensions imposantes – environ 47 mètres de large – et son implantation en hauteur en font l’une des étapes les plus marquantes lorsque l’on vient visiter Pétra. L’accès se fait par un long chemin en escaliers taillés dans la roche. Des traces d’outils sont encore visibles, témoignant de la technique de sculpture directe utilisée par les artisans nabatéens.

Les tombeaux royaux

La nécropole principale de Pétra rassemble plusieurs façades monumentales, dont le Tombeau de l’Urne et celui de la Soie. Elles mêlent influences orientales et méditerranéennes, reflet des échanges culturels en lien avec les routes commerciales. Les salles intérieures sont souvent simples, mais montrent des aménagements destinés à limiter l’humidité et l’érosion.

Qasr al-Bint et le quartier religieux

Qasr al-Bint est l’un des rares temples encore debout à Pétra. Il occupait le centre du quartier religieux et était dédié à Dushara, divinité principale des Nabatéens. L’édifice combine des éléments architecturaux locaux et méditerranéens, et son état de conservation tient beaucoup à l’assemblage de blocs massifs sans mortier, capable d’encaisser les séismes de la région.

Jerash : l’une des plus belles villes romaines du Proche-Orient

Jerash, l’ancienne Gerasa, est l’un des sites gréco-romains les mieux conservés de la région. Membre de la Décapole, elle s’est développée entre le Ier et le IVᵉ siècle après J.-C. sous influence romaine. Une grande partie de la ville est restée enfouie sous les dépôts sédimentaires jusqu’au XXᵉ siècle, ce qui explique la bonne conservation de ses monuments. Les premières fouilles menées dans les années 1920 ont mis au jour un plan urbain romain très lisible : rues rectilignes, temples, places publiques et infrastructures typiques des grandes cités provinciales. Aujourd’hui, Jerash donne une vision claire de ce qu’était une ville romaine pleine de vie au Proche-Orient.

Le forum ovale et sa colonnade

Le forum ovale est l’un des lieux les plus reconnaissables de Jerash. De forme légèrement irrégulière, il mesure environ 90 × 80 mètres. Sa colonnade ionique de 56 colonnes dessinait un vaste espace de rassemblement pour les cérémonies et la vie publique. Les restaurations récentes suivent les principes de l’anastylose : seules les pierres d’origine sont réassemblées lorsqu’elles le permettent, ce qui garantit la cohérence de l’ensemble et préserve l’identité du site.

Les théâtres nord et sud

Le théâtre sud, construit au Ier siècle, est connu pour son acoustique remarquable. Une grande partie des gradins et de la scène a survécu, permettant d’imaginer les spectacles et discours publics qui s’y tenaient. Le théâtre nord, plus petit et plus tardif, accueillait principalement des représentations musicales et des concours oratoires. Des études ont confirmé l’excellente acoustique de ces deux édifices, héritée du savoir-faire romain.

Le Temple d’Artémis

Situé sur une colline dominant la ville antique, le temple dédié à Artémis est l’un des monuments les plus importants de Jerash. Édifié au IIᵉ siècle, il présente une rangée de colonnes cannelées de plus de 15 mètres, visibles depuis l’ensemble du site. Les fouilles du secteur ont révélé les vestiges d’un grand sanctuaire composé de cours, portiques et escaliers monumentaux. Plusieurs inscriptions en grec et en araméen témoignent du mélange culturel qui caractérisait la Décapole.

Le cardo et l’ingénierie urbaine romaine

Le cardo maximus traverse Jerash sur près de 800 mètres. Bordé de colonnades et de plusieurs tétrapyles, il constituait l’axe principal de la circulation. On y trouve encore les marques des roues de chariots gravées dans les dalles de basalte. Sous la rue, un réseau d’égouts en pierre évacuait les eaux usées, tandis qu’un aqueduc long d’environ 20 kilomètres alimentait la ville en eau.

Umm Qais (Gadara) : une cité de la Décapole face au lac de Tibériade

Umm Qais occupe l’emplacement de l’ancienne Gadara, l’une des villes les plus importantes de la Décapole. Installée sur un plateau basaltique, elle donne une vue spectaculaire sur le lac de Tibériade, le Golan et la vallée du Jourdain. Fondée à l’époque hellénistique, la cité devint un centre intellectuel réputé, fréquenté par des penseurs et des écrivains de l’Antiquité. Les vestiges visibles aujourd’hui montrent une ville prospère : rues pavées, thermes, nymphées et théâtres toujours lisibles dans le paysage. Les fouilles ont aussi mis au jour un quartier byzantin avec maisons, mosaïques et une église octogonale, l’une des rares de ce type en Jordanie. Le site reflète ainsi la longue continuité d’occupation de la région.

Château de Kerak : une forteresse croisée au centre de la Jordanie

Le château de Kerak, construit au XIIᵉ siècle par les Croisés, occupait une position clé sur la route menant à Jérusalem. Cette forteresse imposante contrôlait les circulations entre Égypte, Damas et les plateaux de Moab. Renaud de Châtillon, personnage emblématique de la région, y mena plusieurs attaques qui provoquèrent la riposte de Saladin. Le château associe architecture franque et aménagements adaptés au relief local : murs massifs en calcaire, salles voûtées, galeries souterraines et un vaste réseau de citernes creusées dans la roche pour résister aux sièges. Après la prise du site, les Ayyoubides renforcèrent l’ensemble, laissant des éléments architecturaux islamiques encore visibles. Les fouilles ont révélé céramiques, objets métalliques et monnaies, témoins de la vie quotidienne dans cette forteresse stratégique.

Qasr Amra : un joyau omeyyade du désert oriental

Qasr Amra, classé à l’UNESCO, est l’un des monuments les plus remarquables de l’époque omeyyade. Construit au VIIIᵉ siècle comme pavillon de chasse et bains, il est célèbre pour ses fresques profanes, un décor rare dans l’art islamique ancien. On y trouve des scènes de vie, des portraits, des animaux et une représentation astronomique peinte sur la coupole des bains, considérée comme la plus ancienne du monde islamique. Les pigments utilisés révèlent le prestige du chantier : lapis-lazuli, cinabre ou encore feuilles d’or, provenant de régions parfois lointaines. Les campagnes de restauration ont permis de préserver ces peintures uniques, qui donnent un aperçu de l’art et de la cour omeyyade.

Al-Maghtas (Bethany Beyond the Jordan) : lieu du baptême du Christ inscrit à l’UNESCO

Al-Maghtas, situé sur la rive est du Jourdain, est reconnu depuis 2015 par l’UNESCO comme le lieu traditionnel du baptême de Jésus. Les recherches menées depuis les années 1990 ont révélé un ensemble religieux d’époque byzantine : églises, bassins baptismaux, chapelles et traces d’anciens ermitages. L’ensemble témoigne de l’importance du site pour les pèlerins chrétiens dès le Ve siècle.

Plusieurs sources concordent : les textes anciens, les traditions locales et la célèbre mosaïque de Madaba (VIᵉ siècle), qui mentionne « Bethabara au-delà du Jourdain, où Jean baptisait ». Ces indications renforcent l’identification du site et expliquent son rôle central dans les pèlerinages depuis l’Antiquité.

Le complexe byzantin accueillait autrefois de nombreux visiteurs. Les vestiges montrent une gestion de l’eau très élaborée, avec canaux, bassins et systèmes de drainage adaptés aux crues du Jourdain. L’église dédiée à Jean-Baptiste, construite sur des fondations élevées pour résister aux variations du fleuve, illustre bien cette adaptation technique. Des mosaïques et inscriptions retrouvées sur place éclairent les pratiques baptismales des premiers chrétiens.

Aujourd’hui encore, Al-Maghtas rassemble plusieurs confessions chrétiennes. Orthodoxes, catholiques, coptes ou arméniens y coexistent, chacun disposant de son espace de célébration. Cette diversité fait du site un lieu de rencontre religieux rare dans la région.

Al-Maghtas s’inscrit dans un ensemble plus large de sites archéologiques jordaniens qui racontent l’histoire spirituelle et culturelle du Proche-Orient. Sa visite donne un aperçu unique de la continuité des traditions et de l’importance symbolique de la vallée du Jourdain à travers les siècles.